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Je suis né au moment où les bourgeons font leurs premières feuilles, dans un Paris d’après guerre où l’on était encore quelqu’un pour son voisin. Les photos d’alors étaient en noir et blanc, les autobus avaient des plates-formes, les mercredis étaient des jeudis, et à défaut d’avoir la télévision, nous avions la séance du cinéclub au cinéma du quartier.

Esquimaux, chocolats…

Le temps que je ne passais pas à user mes fonds de culotte sur les bancs de l’école, je le passais sur les anciennes fortifications, là où passe maintenant le Boulevard Périphérique, à jouer aux cow-boys et aux Indiens ; à faire « pan !» avec des bouts de bois et de l’équitation sans cheval. J’avais toujours sur les doigts des traces d’encre violette, celle qui nous servait à écrire à la plume « Sergent Major », et sur les genoux, quelques croûtes en cours, preuve que les petits garçons d’alors allaient bien en culotte courte, été comme hivers.

J’avais une grand mère qui, en bonne Gasconne, n'avait rien contre le fait de causer. Alors, elle me racontait son histoire, ses guerres, l'époque d'avant l’électricité, ses parents, ses grands parents, et en m’inscrivant dans l’histoire de la famille, je m’inscrivais dans la continuité de la Grande Histoire. Je comprenais qu’aujourd’hui était le résultat de nombreux hiers. Je comprenais que les faits ont des racines.

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